02 février 2006

L'homme qui pleure

Pierrot sur la Lune
Pleurant depuis sa dune
Son amie disparue à jamais
Le rêve est terminé
Un horrible cauchemar commence
Le pays d'Avalon se balance
Dans la nuit sombre
Pierrot erre comme une ombre

14 janvier 2006

REQUIEM

Le temps passa. Combien de temps ? Nul ne le saura jamais ! Dans ce pays d’Avalon, le temps n’était rien. Il passait, il passait seulement. Rythmé par des périodes lumineuses appelées « jours » et des moments sombres, les « nuits » il ressemblait au temps qui existait de l’autre côté du lac, enfin du miroir. Mais il n’avait jamais la même durée régulière. Plutôt suggéré que senti vraiment, il était aussi improbable que les paysages et les habitants de ce pays. Donc, il arriva un moment où Pierrot revint à lui ou se réveilla. Il ouvrit les yeux, regarda autour de lui, hébété, comme sortant d’un cauchemar affreux. Mais ce n’était pas un mauvais rêve. Tout de suite il ressentit le vide immense laissé par la disparition de Muse. Il y avait une telle détresse dans son regard, un tel désarroi . Près de lui, Hyacinthe et quelques autres personnages bizarres attendaient qu’il ait repris vraiment ses esprits.
- Ça va , Pierrot ? Pierrot, réponds, ça va,…
- Euh, que se passe-t-il ? j’ai mal, mal partout…Muse, Muse, elle me manque tellement !
Mais, le pauvre Pierrot n’avait plus de larmes. Il retomba sur le sol, sans force, sans volonté. Qu’allait-il se passer maintenant ? Qu’allait-il faire ? Comment pourrait-il retourner dans son vrai monde ? et que dire aux parents ? Comment leur expliquer la mort de sa tendre amie ? Tant de questions ! Trop de questions ! Non, plus rien ne valait la peine ! Il ferma les yeux et revit le visage de Muse
- Muse, Muse, je t’aimais tant ! Et je n’ai jamais osé te le dire ! Et maintenant, il est trop tard !
- Allez, Pierrot, du courage ! Viens, on va te raccompagner chez toi, courage !
Et disant cela, Hyacinthe, aidé par quelques lutins, relevèrent le garçon qui ne réagissait pas. Il se laissa entraîner vers le lac qu’on devinait au loin, juste devant, à peine caché par de grands peupliers élancés vers le ciel tout chargé de sombres nuages filant au delà des collines.
Le chemin était à peine assez large pour les laisser passer de front, à travers de longues avoines folles.
Tout à coup, venant du lac, un chant tout à la fois lugubre mais harmonieux se fit entendre.
Les voix étaient belles, des voix toutes chargées de mystères, chorale parfaite interprétant un requiem pathétique. Pierrot tendit l’oreille . Le chant parlait de Muse !
Il se précipita vers ses voix et s’arrêta, stupéfait : devant lui, précédé par quatre hommes en armes, un chœur de neuf jeunes femmes accompagnait un cercueil porté par huit créatures diaphanes. Ces choristes étaient d’une beauté époustouflante, vêtues de parures d’étoffes riches et chatoyantes, portant avec grâce des colliers, des bracelets et des boucles d’oreilles en perles d’un éclat pur et scintillant. Leurs longues chevelures, blondes ou brunes s’agitaient doucement au rythme de leurs pas lents et leur marche donnait l’impression d’un survol gracile du sol. Les gardes, devant, étaient de solides gaillards, et quand Pierrot voulut se précipiter vers le cercueil sur lequel on apercevait une plaque, il fut repoussé sans ménagement et bousculé sur le bord du chemin. Hyacinthe déjà l’aidait à se relever alors que le cortège poursuivait sa route. Pierrot, malgré les conseils du lutin , le suivit au plus près.
Ils cheminèrent ainsi sur une longue distance jusqu’aux abords d’une sorte de temple gothique.
Là, les chants cessèrent et les porteurs déposèrent le cercueil sur un chevalet en bois sombre comme de l’ébène devant la porte monumentale du temple. Tous s’écartèrent en silence et on n’entendit bientôt que les croassements des corbeaux freux à peine couverts par les bourrasques du vent. La lourde pore s’ouvrit alors, laissant apparaître une femme, grande, avec de longs cheveux noirs et nattés, vêtue d’une longue tunique blanche et verte, une branchette de chêne à la main.…la fée Morgane !

05 novembre 2005

Plus aucun espoir

Pierrot était sidéré : que cela voulait-il donc dire ? Et Muse, sa Muse, où était-elle donc ? Ce n'était pas possible ! C'était un cauchemar dans le rêve ! Il imaginait déjà le pire : ne plus jamais revoir sa tendre amie ou la revoir sans vie ! Et lui, qu'allait-il devenir ? C'était bien prévu qu'il fasse ce maudit voyage à deux, toujours à deux. Et il était bien seul maintenant. Sa peur se transformait peu à peu en angoisse puis, ce fut la panique !
Sans plus réfléchir du tout, il se mit à courir, courir, en hurlant : "Muse, Muse, t'es où ? Muse, Muse, réponds - moi !"
Au rythme de sa course, les mots s'étranglaient dans sa gorge, les sanglots le faisaient hoqueter, il trébuchait contre les racines ; des branches griffaient son visage. Et ses bras et ses jambes, peu à peu dénudés car ses vêtements étaient arrachés se couvrirent de longues zébrures sanglantes.
Au bout de cette course effrénée, sans souffle, il s'affala au milieu d'une végétation épaisse. Vidé de tout, ne pouvant ni parler ni pleurer, il resta inanimé un long moment, à la limite de l'inconscience.
Plus rien ne comptait, plus rien n'avait de sens, tout cela n'était qu'un mauvais rêve et, bien sûr, il allait se réveiller dans son monde...

"Eh, Pierrot ! Pierrot ! Réveille-toi ! Pierrot ! Pierrot
- Hein, quoi, qu'est-ce qui se passe ? C'est déjà l'heure ?
- L'heure de quoi, Pierrot ?
- Bah, l'école, le bahut, faut se lever quoi ?
- Pierrot, pierrot, que dis-tu ?

Pierrot ouvrit un œil, se remit sur le dos et poussa un cri
- Qui êtes-vous ?

Devant lui se tenait un drôle de petit bonhomme, une sorte de lutin, de farfadet, de gnome, enfin un drôle de petit bonhomme qui le regardait avec un air de pitié.
- Mon nom est Hyacinthe. Je suis un habitant d' ici. Tu ne crains rien avec moi : je te connais, je connais ton histoire, je connaissais Muse.
- Tu connais Muse ? Où est-elle ?
- Hélas mon pauvre Pierrot, il va te falloir du courage !
Et, en disant cela, il se rapprocha du garçon, s'agenouilla près de lui et dit d'une voix blanche :
- Mon grand, Muse, et bien Muse, elle est... morte...
A ces mots, Pierrot poussa un long gémissement et s'évanouit.

Plus d'espoir

25 juillet 2005

Disparition ( Chapitre 3)

Bientôt, fatigués, ils se laissèrent tomber sur la mousse tendre qui formait des tapis accueillants à l’ombre des arbres. Le sommeil, rapidement, les saisit et, la main dans la main, le sourire de la félicité sur leurs lèvres, ils s’endormirent. Depuis combien de temps, Pierrot n’aurait pu le dire mais, il fut réveillé par une douce musique lancinante qui l’incita à se lever. Sans bruit pour ne pas réveiller Muse du sommeil dont il s’était assuré, il se dirigea vers un bouquet d’arbustes d’où semblait provenir cette musique. Plus il s’approchait et plus ces sonorités s’éloignaient, devenant de plus en plus envoûtantes, mélanges de voix célestes, de cordes harmonieuses, de basses obsédantes . Pierrot, guidé par ces chants, comme magnétisé, s’éloignait de plus en plus de l’orée du petit bois et s’enfonçait dans une forêt épaisse. Parvenu au milieu d’une haute futaie, tout à coup la musique s’arrêta. Pierrot, surpris, s’avança en hésitant vers l’endroit d’où les derniers sons lui étaient parvenus. Et là, il découvrit un étrange spectacle :devant lui s’étendait une sorte de lac aux eaux pures et vertes et , à quelques mètres du rivage, une dizaine de jeunes femmes à la chevelure étincelante, aux yeux ensorceleurs, interprétaient avec grâce une mélopée dont les sons étaient inconnus de notre Pierrot. Interdit, subjugué par le spectacle et les accords, il ne pouvait bouger. Puis, les créatures au bout d’un moment, plongèrent dans l’eau en riant, laissant les vagues vertes lécher et éclabousser leurs seins nus. Le vent se leva alors, de plus en plus fort recouvrant le lac d’écume blanche. Les feuilles des arbres tombèrent, jonchant le sol d’un tapis mouvant, les branches pliaient dans de terribles bruits et de sinistres craquements ! plus aucune harmonie en quelques brefs instants et la peur saisit Pierrot ! Dos au lac, il courut dans la direction d’où il venait et plus il s’éloignait du lac, plus la tempête s’apaisait. Bientôt, le silence ne fut plus troublé que par le bruit de sa course effrénée et le souffle haletant de sa respiration. Il parvint enfin à l’orée du petit bois et il cria après Muse. Mais celle-ci ne répondait pas. Il la chercha, retrouvant l’empreinte de son corps sur la couche de mousse mais, il dut se rendre à l’évidence : Muse avait disparu. Comme un fou, il se mit à courir en tous sens, en hurlant le nom de son amie. Mais, nulle réponse à ses appels et aucune trace de la belle . Découragé et rongé d’inquiétude, il allait s’asseoir sur une grosse pierre posée là au bord du chemin quand il remarqua quelque chose qui brillait tout près. Il s’approcha et ne put retenir un cri : « le collier ! » Le collier qu’il avait caché sous une pierre, le matin même, ce collier magnifique avait maintenant une petite médaille en argent suspendue à son extrémité. Et, sur cette médaille, c’était le visage de Muse qui était gravé!


Ce qu'il reste au retour de Pierrot Posted by Picasa

25 juin 2005

D'autres découvertes ( Chapitre 2)

Pierrot la serra contre lui :
- N’aie pas peur, Muse. ! On ne connaît pas tout. Rappelle-toi, il avait dit qu’on aurait des surprises. Alors, attendons et puis, nous sommes tous les deux ! Rien ne pourra nous arriver si on reste ensemble, toujours. Il y a sûrement une explication. Ne t’inquiète pas.
En disant cela, il passait sa main lentement dans la longue chevelure de Muse qui, peu à peu s’apaisait. mais, au fond de lui, un sentiment de malaise persistait. L’accueil de Morgane, la lumière du château, ces pierres, ces ruines, et une vague impression d’être suivi, épié par des regards cachés, tout cela n’était pas fait pour le rassurer. Et Muse semblait si fragile !
- J’ai faim, Pierrot !
- Moi aussi !
- Alors, debout !
Et d’un même élan ils se levèrent.
- Où va-t-on ?
- Par là ! répondit Pierrot en désignant un petit bois. Il y a peut-être des fruits ou on trouvera bien quelque chose.
Ils suivirent alors un petit chemin à travers les ruines du temple quand tout à coup, entre deux pierres, le regard de Muse fut attiré par un éclat.
- Attends, Pierrot, regarde ! qu’est-ce que c’est que ça ?
Et, se baissant, Muse ramassa un collier, un collier scintillant de mille feux. Jamais joaillier n’avait créé un tel chef-d’œuvre ! Des diamants d’une pureté incomparable, des émeraudes des rubis, des lapis-lazuli , toutes sortes de pierres donnaient à ce bijou une richesse absolument inestimable. Le fermoir même, en argent ciselé rehaussé de vermeil était, à lui seul, une œuvre d’art. Les deux amis admiraient le collier et Muse, presque machinalement, voulut le passer autour de son cou. Ce geste arracha un cri à Pierrot :
- Non, fais pas ça ! Attends !
Et il retira le collier des mains de sa compagne.
- Tu es fou, ou quoi ?
- Non, Muse ! j’ai peur ; ce n’est pas normal de trouver un collier comme cela, dans un chemin qui n’a pas été emprunté depuis longtemps. Regarde, pas une trace de pas dans la mousse ou sur le sol ! Et un collier, posé là, comme si on en l’avait fait exprès. Non, c’est trop bizarre ! Donne le moi !
Et il tendit la main vers Muse qui, interdite par ces paroles véhémentes, lui donna le collier. Il souleva une pierre ,déposa le bijou dessous, remit soigneusement la pierre et prenant Muse par la main, ils s’éloignèrent.
Très vite, ils arrivèrent dans le petit bois. C’était un émerveillement : des arbres extraordinaires, de toutes tailles, portant tous des fruits inconnus des deux amis mais qui semblaient tous plus délicieux les uns que les autres. Des odeurs de pain d’épices, de pâtisseries chaudes, de vanille, de muscs et de bois précieux apportaient aux couleurs des fleurs et des fruits des notes exotiques, venues de pays inconnus. Une herbe fine et rase tapissait les allées serpentant entre les arbres et les buissons fleuris ; des sons mélodieux, une floraison de timbres chauds et profonds tapissaient l’atmosphère. Tout concourait à apporter une sensation de bien-être, de sérénité totale. Pierrot et Muse allaient d’arbre en arbre, cueillant, goûtant, s’abreuvant de ces fruits extraordinaires. Le jus coulait sur de leurs lèvres et leurs rires se mêlaient à l’accompagnement musical de ce lieu. Quand ils furent bien repus, ils s’affalèrent dans un ruisseau dont l’eau pure et fraîche les nettoya. Ils étaient deux enfants riants, insouciants, à mille lieux de la vie qu’ils avaient connue jusqu’alors.

21 juin 2005

Un billet pour Muse

Typographie moderne

Pauvre Pierrot à très charmeuse Muse
Prie Noble Dame de répondre à son
Humble demande et daigner donner nouvelles
A icelui bien triste dans trop calme demeure
Un effet d'icelle serait grand réconfort pour lui
Et lui donne très humblement moult becs.

Ce jour de bel été de l'an de Grâce 2005


Un billet de Pierrot pour Muse Posted by Hello

13 juin 2005

Des fantômes du rêve ( une vision de Muse)

Pierrot,
Nous allons tout deux, confiants, sur un chemin qui se découvre à chaque instant étrange et surprenant. Pierrot, te rends-tu compte que tu es, que sans doute tu ne seras pour moi qu'un être diaphane, évanescent, lunaire? Que je serai toujours jeune, toujours fragile, toujours une transparence à laquelle chaque jour tu devras donner un peu plus de consistance? Ce personnage lointain et rêveur que tu es pour moi, cette fée inconnue et songeuse que je suis pour toi, et ce monde que nous créons... Cet univers magique régi par un temps, par des lieux, par des dieux improbables et incroyables, nous le nommons, nous le faisons exister comme pour nous sauver de l'errance éternelle à laquelle nous sommes soumis. Ce monde de dureté et de pesanteur et de froideur qui parfois nous accable, que nous traversons tels des fantômes, nous pouvons le chasser par nos mots, plus forts que tout, sous leur apparente fragilité... Te rends-tu bien compte de notre chance, Pierrot?
Nous habitons quelque part! Et de ce pas, nous y allons!
Avalon, cette île de crépuscules et d'aubes simultanés, où le vent chuchote aux oreilles une poésie charmeuse, où les sabots des chevaux laissent leurs traces dans le sable des lacs, où le feu enflamme l'eau, répandant une ardeur indescriptible qui entre dans le coeur... Oui, nous y allons!